Interview
Avec 120 enseignes à ce jour et un rythme annuel de dix nouvelles boutiques, Olly Gan peaufine son maillage de l'Hexagone. Installée à côté d'Aix-en-Provence, la marque de prêt-à-porter masculin qui se positionne dans le « haut de gamme du moyen de gamme » véhicule désormais une image plus sobre et raffinée. Quant aux collections, elles se font plus city et trendy.
Fashion Daily News : Qu’est-ce qui, en 2007, vous a convaincu de prendre les rênes de Olly Gan ?
Claude Gigou : J’étais à la recherche d’une entreprise solide, avec un bel avenir, et une marque à développer. Avec Olly Gan, j’ai senti un potentiel de développement important en tant que marque, et en tant qu’enseigne. Tout y était en ordre, bien tenu : les bases étaient saines. Et ma première impression s’est vérifiée, notamment le positionnement dans un créneau où existe une demande réelle pour notre offre. Nous tenons bien notre rang dans le haut de gamme du moyen de gamme, entre Celio et Hugo Boss…
Pensez-vous qu’il soit plus malaisé de diriger une entreprise textile depuis la province ?
Pour moi cela ne fait aucune différence. Peu importe la situation géographique dès lors que l’on sait se montrer disponible. Je suis à Paris deux ou trois jours par mois, pour me tenir au courant des évolutions marketing et commerciales. Je pense qu’en province on perd moins de temps dans les trajets, que l’organisation est moins complexe et qu’on y gagne en efficacité.
Olly Gan a changé de mains cette année. Dans quelles circonstances ?
LBO France ayant exprimé le souhait de se retirer, nous sommes passés en mars dernier dans le giron d’un groupe d’investisseurs emmené par le fonds Syntegra Capital, et dans lequel figure par ailleurs Société Générale Capital Partenaires. Ce LBO nous permet de disposer de tous les fonds nécessaires aux développements prévus dans les trois ans à venir. Et nous n’avons pas à rechercher de financement pour ouvrir nos magasins.
Quelle est justement l’importance d’Olly Gan aujourd’hui ?
Nous sommes présents en France uniquement, à travers nos 120 magasins. Il s’agit à 80 % de succursales, le reste se répartissant entre des franchises et des commissions-affiliations, système que nous privilégions aujourd’hui. Depuis un an, nous avons ouvert dix nouvelles boutiques, les dernières en date étant celles du centre commercial des Cordeliers, à Poitiers, et du centre commercial Géant de Quimper. Nous misons désormais sur 10 à 15 ouvertures annuelles, dans des emplacements numéro un, qu’il s’agisse de centres commerciaux ou de centres-villes. Dans les villes moyennes, nous privilégions les commissions-affiliations, avec des partenaires qui exploitent déjà d’autres enseignes et apportent un financement. Nous ne négligeons pas non plus la possibilité d’ouvrir des corners dans certains grands magasins. Jusqu’à présent, nous étions surtout présents dans le Sud et en région Rhône-Alpes. Mais depuis quelques années, nous nous implantons également et efficacement dans le grand Ouest et en région parisienne. En mars prochain, nous serons présents pour la première fois sur le salon de la franchise. Ce sera l’occasion de montrer la nouvelle image de la marque, et d’initier une prospection pour de futurs partenariats à l’étranger. Nous avons déjà reçu des sollicitations de l’Asie et du Maghreb… Mais nous concentrons encore nos efforts sur l’Hexagone.
Le concept des boutiques a-t-il évolué dernièrement ?
Notre concept a été revu récemment, comme en témoigne le magasin pilote de Saint-Étienne. Les enseignes ont changé, et des caractères argentés sur fond wenge ont remplacé le violet et beige de l’ancienne palette. L’agencement des vitrines est plus épuré et plus moderne, sur le mode « story telling » – étudié avec l’agence de design parisienne Brin d’image, spécialisée dans l’« emotional branding ». Nous recherchons une image plus sobre, plus raffinée, plus lisible.
Côté collections, à quels réajustements avez-vous procédé ?
Nous avons opéré une montée en gamme générale, esthétique surtout, mais qui ne s’est pas répercutée sur les prix. Au niveau des collections, il y a eu un recentrage autour de collections plus ciblées, plus cohérentes. Nous avons porté la part city à environ 30 % des collections, avec davantage de costumes, de chemises, de beaux cuirs. Et nous proposons un casual plus raffiné, avec davantage de détails. Sur la même période, l’équipe de style s’est étoffée, nous avons embauché trois personnes pour la porter à huit. Par ailleurs, après nous être lancés dans la chaussure il y a quelques années, nous avons attaqué la petite bagagerie, et espérons développer très prochainement d’autres familles de produits, comme les lunettes et les montres.
Comment avez-vous traversé la période de crise ?
La crise ? Nous l’avons traversée sans encombre puisque depuis quatre ans nous sommes en progression ! Nous sommes davantage sensibles aux phénomènes météo d’entrée de saison ! Notre panier moyen n’ayant pas fluctué, nous avons donc forcément gagné de nouveaux clients. Le chiffre d’affaires 2010-2011 s’est monté à 45 millions d’euros hors partenariats. Et à surface égale, il apparaît en progression de 12 %. De belles performances…
Que pensez-vous du système des soldes flottants ?
J’y suis farouchement opposé ! J’estime qu’il y a suffisamment de promotions comme cela. Cela rajoute de la confusion dans l’esprit des clients. L’impact est très négatif auprès des clients et je l’ai maintes fois signifié à la Fédération de l’habillement. Pour nos magasins, nous avons conservé l’ancien système, en programmant dans la foulée des soldes officiels les deux semaines supplémentaires.
Après une période plutôt discrète, vous relancez la communication du groupe. Pourquoi ?
Cela participe de notre montée en image. Pour la première fois, nous avons choisi de communiquer dans la presse magazine, avec des publicités dans L’Express, ELLE, L’Equipe, GQ… Nous n’avons pas négligé la presse féminine car il faut bien savoir que les femmes interviennent dans 80 % des décisions d’achat. Le premier slogan « Certains ont des rêves, d’autres les réalisent » et le visuel ont été imaginés par l’agence Mazarine. Nous voulons vendre un état d’esprit, une histoire, pas un produit. Et en cela, nous sommes en rupture totale avec les précédentes campagnes de presse. Nous avons par ailleurs un partenariat avec la famille de Steve McQueen, acteur qui incarne à nos yeux la passion, le rêve. Cette fois pour des affichages en boutique. Le budget communication a dépassé le million d’euros cette année.
Propos recueillis par Nathania Cahen – Photo : DR
Olly Gan
1981 : Création de la marque par Roger Vignola.
1984 : Première franchise.
1990 : Reprise par Roger Adida.
1996 : Dépôt de bilan, redémarrage avec un LBO.
2007 : Claude Gigou, nouveau PDG.
2011 : Nouveau concept.
Claude Gigou
Après des études de commerce option distribution, à Lille, il fait ses premières armes dans le textile, au sein du groupe Pantashop. Directeur général du groupe Cache Cache à Saint-Malo, pendant dix ans, il prendra pendant dix autres années la direction générale, puis la présidence du directoire d’Un Jour Ailleurs. Il est à l’origine de la moitié des 200 magasins que ce groupe compte actuellement.
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