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Fashion Daily news
Le 04 Février 2012
Bernhard Willhelm - Interview
Interview de Bernhard Willhelm - Créateur

FASHION DAILY NEWS : Vous développez un univers très particulier, quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
BERNHARD WILLHELM :
Il y en a beaucoup, mais je reçois mes plus fortes influences de toutes les choses que j’aime. Laissez-moi vous citer celles sans quoi je ne pourrais vivre : les oiseaux s’envolant au loin, puis revenant ; les moments entre les moments, quand je suis heureux ; les cafés avec deux invités et un chien ; les rues ensoleillées ; les repas à la maison ; la force du sexe ; un gros montant d’argent quand je viens de le recevoir et que je n’ai pas encore à le dépenser ; l’art au moment où je crée ; quelque chose de très cher quand j’ai les moyens de me l’offrir : un certain sourire ; les douches d’éléphant ; la mort, tant qu’on n’agonise pas.

FDN : Vous êtes toujours entouré de nombreux artistes. D’où viennent-ils ? Parlez-nous d’eux…
BW :
Ils sont tous dingues mais gentils ! Quelle que soit la ville d’où ils viennent, ils sont « transculture » et connaissent mon travail et la mode. De fait, les choses arrivent naturellement avec eux. Beaucoup d’artistes avec lesquels nous avons travaillé sont devenus nos amis. C’est le cas de Marc Brandenburg, Astro Vivid Focus (Christophe Hamaide-Pierson & Eli Sudbrack), Carsten Fock, Olaf Breuning, Nick Knight, Wolfgang Tillmans, Juergen Teller, Carmen Freudenthal & Elle Verhagen, Sabina Schreder, Maarten Spruyt, Andreas Kronthaler, Taiyo Onorato & Nico Krebs, DJ Fetish, Dirk Bonn… Tous ces gens font preuve d’une vision très forte, de curiosité et ont un joli petit cul.

FDN : Avez-vous la volonté de ruer dans les institutions ?
BW :
Il faut savoir entrer par la porte de derrière pour franchir la grande porte, ce qui inclut les bagarres dans les bars, l’ivresse générale, dormir dans la rue, ramper par la fenêtre des voisins ou finir avec un nouvel homme dans son lit.

FDN : Êtes-vous une sorte d’anarchiste ?
BW :
Pensez-vous que nous soyons en train de perdre notre kulturkampf (Ndlr : combat pour la culture) ?

FDN : Que souhaitez-vous apporter à la mode ?
BW :
Nous allons travailler jusqu’à ce que nous la tuions, puis on va continuer à travailler jusqu’à ce qu’elle revienne par elle-même.

FDN : Quel est votre message ?
BW :
Nous aimons l’Amérique et l’Amérique nous aime.

FDN : Plus sérieusement, parlons de votre présentation automne-hiver 2010, comment avez-vous eu l’idée de ce tableau vivant ?
BW :
Je suis beaucoup plus intéressé par l’idée d’un work process que par celui d’un concept précis. Je laisse aller mes pensées. J’aime quand ça vient de manière intuitive, spontanée, des fois chaotique. Je ne suis pas le fil de mes idées, je les prends comme elles arrivent. Les installations avaient un effet twilight quand les mannequins versaient de la gelée lubrifiante sur des objets. Soudainement, la décoration, les vêtements et l’installation créaient une « transillusion », c’est-à-dire que l’espace, les personnes, les objets et les vêtements étaient en interaction. Cet acte de transformation m’a surpris, on appelle cela le monde transcendantal. Cette collection met l’accent sur des éléments qui font écho au yin et au yang. Un de ses symboles signifiants est le tigre blanc, un animal céleste qui symbolise l’énergie femelle yin.

FDN : Quel est le thème de votre collection automne-hiver 2010 ?
BW :
Le tigre blanc symbolise le courage, le pouvoir, la passion, les changements et la royauté. Notre collection combine les différents éléments d’un camouflage de la personnalité en opposant, par exemple, le noir avec les tigres multi couleurs, le signe du yin et du yang, la calligraphie japonaise écrite à l’encre noire et peinte à la javel sur des cotons et soies japonais. Les mots imprimés en anglais sont, par exemple : Vide, Obsession, Hyper, Dominateur, Esprit, Prospérité, Célébrités TV, Statue de la Liberté… Ces mots sont des liens entre notre âme et notre mental.

FDN : Vos présentations jouent souvent sur la provocation sexuelle, êtes-vous sex addict ?
BW :
Notre génération youporn/xtubes hésite moins à agir face à l’objectif, mais nous avons aussi le traumatisme dû au SIDA. Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle, de nos jours, le sexe semble si cloné. Si vous regardez les pornos des années soixante-dix, avant l’arrivée du SIDA, vous trouvez une certaine liberté et créativité dans la manière de faire du sexe. Aujourd’hui, cette faculté de jouissance s’est totalement perdue. C’est très fade. Pour la collection masculine printemps-été 2008, je voulais introduire de l’humour et de l’imagination dans l’immense vocabulaire sérieux du porno. Je voulais créer une collection avec la star française du porno, François Sagat. Il est très musclé, avec un gros tatouage sur le crâne. Son histoire m’intéresse beaucoup. Il a étudié la mode au Studio Berçot à Paris, est devenu styliste, et a travaillé pour Carine Roitfeld. Puis, il a décidé de transformer son corps, de prendre des stéroïdes, de se faire tatouer, afin d’atteindre son look actuel. Je le trouve inspirant, son physique est sa propre création, comme une sculpture vivante. Il s’est transformé en ce qu’il voulait être, c’est un concept très mode. Après ce voyage de la mode jusqu’au porno, j’ai trouvé intéressant de le ramener à la mode à nouveau. Au lieu d’un défilé, j’ai créé un calendrier pornographique photographié par Lukas Wassmann, pour présenter ma collection. Les images que nous avons créées permettaient d’explorer les champs du possible afin de faire quelque chose de créatif.

FDN : Comment voyez-vous la modernité masculine ?
BW :
C’est un homme agenouillé devant la beauté.

FDN : Et comment voyez-vous la femme ?
BW :
Elle est super grande.

FDN : Comment êtes-vous organisé dans le travail ?
BW :
La collection femmes est composée d’une ligne principale et d’une autre unisexe, « Keep it unreal ». Nous travaillons avec Bus Stop, l’agence Onward Group (ils ont leur propre boutique et réseau de distribution). Une équipe production au Japon organise les prototypes de collection et de production. La collection homme est fabriquée dans deux petites manufactures en Belgique, qui s’occupent aussi de l’envoi des vêtements. Notre QG se situe à Paris, ville où j’habite depuis quatre ans.

FDN : Combien êtes-vous à travailler ? Comment êtes-vous organisés ?
BW :
Il y a moi, Jutta Krauss mon associée, ainsi que deux employés : Jutta Klingel, modéliste, et Arnold Gevers, mon assistant.

FDN : Vos vêtements ont une identité très particulière, les vendez-vous
facilement ?
BW :
Nous en vendons assez pour pouvoir en vivre. En plus de ça, nous continuons à travailler sur des projets spéciaux et des licences.

FDN : Quel type d’acheteurs attirez-vous ?
BW :
Ils sont tous assez différents. La plupart du temps, ce sont des gens qui s’y connaissent en mode/culture/art, mais ils ne veulent pas porter des vêtements too much. Ils veulent pouvoir assumer. N’oubliez pas que ce que vous voyez sur mon défilé représente la mode à l’extrême. Nous vendons aussi des vêtements unicolores.

FDN : Citez-nous quelques magasins dans lesquels on peut trouver vos vêtements ?
BW :
Kokon To Zai à Paris, Seven à New York, Park à Vienne, B-Store à Londres, Magazin à Moscou… Et beaucoup d’autres.

FDN : Êtes-vous concerné par les questions d’argent inhérentes à votre
business ?
BW :
Jutta Kraus est plus engagée que moi sur la partie business, mais nous prenons encore toutes les décisions ensemble. Je profite de ma liberté de créer mais j’essaie de structurer chaque collection, ainsi que l’entreprise. J’ai toujours besoin d’argent pour les collections suivantes mais, du plus loin que je me souvienne, on s’est toujours débrouillé, jusqu’à fêter les dix ans de notre entreprise, l’année dernière.

FDN : Vous collaborez avec Camper, un label commercial. Comment cela est-il arrivé ?
BW :
Lorsque Camper lui a demandé de nouveaux talents, Linda Lopper, responsable de l’Académie d’Anvers, m’a proposé. À cette époque, je voulais travailler avec un autre créateur de chaussures, et voilà.

FDN : Vous dessinez également des lunettes de soleil conçues par la marque Mykita…
BW :
L’idée était de collaborer avec une marque allemande qui créait des lunettes de soleil. Mykita est basée à Berlin. Les créateurs de la marque ont inventé une méthode artisanale originale, en pliant le métal au lieu de le monter avec des vis. Les lunettes sont extrêmement légères car réalisées avec des matériaux spéciaux.

FDN : Avez-vous d’autres collaborations en cours ?
BW :
Nailpolish avec Uslu Airlines, Berlin.

FDN : Est-ce facile pour un créateur de faire des compromis avec un label commercial ?
BW :
Si vous avez des facilités de productions, utilisez-les ! Un compromis peut s’avérer très positif. En général, les labels commerciaux ont tendance à copier, donc vous devez les convaincre qu’il est meilleur d’inventer. J’ai accepté le compromis dès le premier jour. L’accord n’est pas sur le papier mais dans ma tête. Mieux vaut vivre heureux et affairé que de n’avoir rien à dire, rien à faire…

FDN : Comment organisez-vous vos journées de travail ?
BW :
Chaque jour est différent, il n’y a pas de routine. Vous devez casser la routine en allant contre la nature paresseuse de l’homme.

FDN : Que vous interdisez-vous ?
BW :
Cette question.

FDN : Avez-vous le projet de créer autre chose que des vêtements et des accessoires ?
BW :
Non, je veux me concentrer sur le design et l’enseignement – je suis professeur à la faculté d’arts appliqués, à Vienne.

FDN : Quels sont vos projets à court terme ?
BW :
La première présentation de mes étudiants, le 17 juin 2010, à Vienne. Mon défilé à l’Orangerie, Schönbrunn.

FDN : Quels sont vos rêves dans un futur proche ?
BW :
Aucun. Je ne veux pas être défini uniquement par mon travail. Je préfère échouer en essayant d’atteindre l’impossible que d’être écrasé par le succès.


Propos recueillis par Florence Julienne


BIOGRAPHIE
1972 : Naissance dans le sud de l’Allemagne. Assistant de Walter van Beirendonck, Alexander McQueen, Vivienne Westwood et Dirk Bikkembergs pendant son cursus scolaire.
1988 : Diplômé de la Royal Academy d’Anvers.
1999 : Lancement de sa première collection femme.
2003 : Lancement de sa première collection homme.
2005 : Reçoit le prix ANDAM.
Octobre 2005 : Sa collection passe sous licence japonaise via la société « Bus Stop ».
2007 : Habille l’artiste Björk pour son album « Volta ».
Janvier 2008 : Het Totaal Rappel, rétrospective Bernhard Willhelm au Fashion Museum d’Anvers.
Fin 2009/2010 : Exhibition Bernhard Willhelm Jutta Kraus au Groninger Museum (Pays-Bas).

30/08/2010 - 11h06

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Bernhard Willhelm - Créateur
Edito du chef

édito

de Anne-Laure Allain Rédactrice en chef
"  Samedi 7 janvier dans un magasin de vêtements. La vendeuse s’approche d’un air mystérieux mais complice. « Madame, vous avez 50 % sur tout le magasin avec la carte de fidélité » « Mais, je n’ai pas la carte de fidélité ! » « Aucun souci, nous allons résoudre cela lire la suite...
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