Elles ont gagné. Émues aux larmes, épuisées par des semaines de combats, les ex-ouvrières de Lejaby ont trouvé leur sauveur. Il est tombé du ciel ou plutôt de la poche de la sphère politique. Période électorale oblige, leur détermination mise en exergue par les médias a créé la bousculade à leur chevet. Les 90 femmes et les 3 hommes d’Yssingeaux ont été instrumentalisés ? Oui, et alors ? Il n’y a que le résultat qui compte. Un regret ? Qu’en d’autres lieux, d’autres heures, on n’arrive pas au même résultat en aussi peu de temps. Car en quelques jours, ces courageux frondeurs opposés à la fatalité sont devenus le symbole de la sauvegarde du made in France. Alors même que l’entreprise qui les employait naguère – successivement aux mains d’un groupe américain puis d’une entreprise autrichienne – produisait plus de 90 % de ses dessous hors de nos terres. Mais en quoi consiste la sauvegarde du made in France ? Même notre président de la République est resté vague sur le sujet. À la question « Faut-il acheter une Toyota produite en France ou bien une Renault construite en Roumanie ? », il a répondu : « Par exemple… » On n’en saura pas plus. Faut-il fustiger l’entrepreneur français qui s’est battu pour réunir les fonds et faire la meilleure offre afin de sauver la marque Lejaby ? Faut-il pointer du doigt la famille Rykiel qui vient de céder 80 % de son capital à des Hongkongais ? Pourtant, ces deux démarches visent à pérenniser la création sur notre territoire pour la porter plus haut sur la scène internationale. Quand les fonds français ne se bousculent pas au portillon, le chef d’entreprise doit-il baisser les bras, laisser une certaine déliquescence s’installer en attendant que les choses changent dans le sens du 100 % made in France ? La confection de cœur de marché, et donc la plus rentable, est, peut-être plus qu’une autre, une économie internationale. C’est d’ailleurs un maroquinier spécialisé dans le haut de gamme qui a été positionné pour reprendre Yssingeaux. Loin de nous l’idée de ne pas défendre les bastions de nos savoir-faire, bien au contraire. Mais un combat médiatique qui a trouvé une issue heureuse grâce une conjoncture politique favorable doit-il en même temps clouer au pilori les initiatives quotidiennes de ceux qui se battent pour sauvegarder des griffes françaises à vocation internationale ? Le made in France trouvera-t-il, pour la confection, une autre définition politiquement correcte dans « l’entreprendre à la française » ?
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